Chroniques Réflexions

Devenir maman ou pas ?

Le titre parle de lui-même, c’est le sujet auquel je suis confrontée depuis quelques mois. Lorsque mon traitement médical fut un échec, mon médecin traitant puis mon rhumatologue m’ont demandé chacun à leur tour si j’avais un projet de grossesse.

Il fallait adapter mon moyen de contraception à ce nouveau traitement. Puis, il fallait songer à un traitement qui soit moins agressif que le dernier. Il fallait surtout prévenir un éventuel changement de traitement si jamais une grossesse était envisagée.

Sur le coup, ça faisait beaucoup d’informations. Je n’avais pas de réponse à leur question. Et pour cause, je n’avais jusqu’ici jamais réfléchis à cette question.

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Je n’en ai jamais rêvé …

Je n’ai jamais rêvé devenir ma maman. Je sais que beaucoup le savent parfois dès leur plus jeune âge. Mais a aucun moment, devenir maman n’a frôlé une de mes ambitions.

Mais quand les professionnels de santé, m’ont posé cette question, j’ai compris que le moment était venu que je me penche sur le sujet. J’ai demandé à mon conjoint son avis sur la question, puisque dans l’histoire il faut être deux. Nous n’avions jamais abordé le sujet. Il ne semblait pas s’y être penché plus que ça non plus.

Néanmoins, mon besoin d’être au clair avec cette question est devenu urgent au fil des semaines. Est-ce que je souhaite devenir maman ?

Pour moi avoir un enfant découle d’une réflexion préalable. Aujourd’hui, je ne suis pas certaine de sauter de joie si cela m’arrivait. C’est quand même un impôt à vie que je vais me créer. Tout cela semble naturel quand je regarde autour de moi, mais cela n’est une évidence pour moi.

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Jusqu’ici, il me paraissait normal de répondre que je n’en veux pas ou que ce n’est pas une priorité. A 34 ans, cette réponse ne suffit plus. Les agents du CIA de ma vie ne se satisfont plus de cette réponse. Les justifications sont devenues plus embarrassantes pour moi au fil du temps. Je ne sais plus quoi dire pour qu’on me lâche avec cette « normalité » dans la vie d’une femme. Les gens éprouvent même de la tristesse quand je leur dis que je ne sais/que je n’en veux pas pour l’instant. On a rarement demandé à mon conjoint s’il voulait des enfants. Du coup, je me décharge de la réponse en renvoyant mes interlocuteurs vers mon conjoint, pour qu’à son tour il se débrouille avec cette question. C’est magique comme on lui fout la paix bien plus vite qu’à moi !

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Puis, doucement, je me suis posée sur la question. J’ai fais un brainstorming sur mes raisons et tenter de déceler mes envies à ce sujet. J’ai souhaité mettre des mots sur cette réflexion, faire le ménage dans ma tête, dans mon cœur et prendre conscience des choses pour y voir plus clair.

Ce n’est pas une évidence…

Je trouve que ce n’est évident de savoir si je veux devenir maman ou pas. Je pensais que cette réflexion serait moins longue, mais elle s’avère bien plus complexe que ce que j’avais imaginé. La réponse n’est toujours pas claire aujourd’hui.

Que ce soit au niveau des responsabilités et de la gestion, avoir un enfant c’est une chose de trop pour moi. Je suis hypersensible, stressée et perfectionniste. Je n’ai rien à apporter à un enfant, je n’ai rien de particulier à transmettre. Je ne vois pas en quoi je serai une personne assez digne d’élever un enfant. Le cœur du problème, c’est que je trouve cela égoïste de donner la vie. L’enfant ne choisit pas de venir dans cette vie. J’ai longtemps cherché à quoi je servais sur cette terre et surtout pourquoi j’avais atterri ici. J’ai eu des brides de réponses vers mes 19 ans. Vous imaginez vivre tout ce temps à se demander pourquoi on se réveille les matins. C’était une vraie torture pour moi. Je ne sais même plus combien de fois j’ai reproché à ma mère de m’avoir conçue, qui plus est en fille et avec cette couleur de peau. La pauvre, elle n’avait pas de mots.

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Je suis déjà angoissée rien qu’à l’idée d’imaginer un mini-nous vivre cela. Personnellement, je n’aurais jamais choisi la vie avant mes 19 ans. Les choses ont changé du jour au lendemain quand j’ai perdu ma grand-mère subitement. Je ne m’en suis jamais remise. Mais, j’ai eu un électrochoc; J’avais des raisons vivre et d’écrire ma vie avec toutes les couleurs que je voulais, il me suffisait de faire des choix et de rêver. Dit ainsi, ça parait trop facile ! Mon périple du « pourquoi moi » a débuté après cet évènement tragique. De jolies aventures m’attendent toujours en quelque part depuis ce moment. J’ai ouvert mon cœur et le reste a suivi.

Aujourd’hui, je dois à nouveau faire l’exercice pour savoir où j’en suis à ce sujet : devenir maman ou pas. Je n’ai pas envie qu’un mini-nous viennent bousculer ce que je construis avec labeur. J’ai envie de garder cette liberté que j’ai choisie et le peu de sommeil que je me trouve. Je n’ai pas envie de refiler un système immunitaire aussi pourri que le mien. Je n’ai pas envie de faire grandir quelqu’un. Le monde est parfois trop violent pour moi en plus du racisme, du sexiste, de l’homophobie, des incivilités grandissantes… Cela sera t-il aussi son quotidien ? Et physiquement, on en parle ? Je n‘ai pas envie d’avoir le corps plus déformé qu’il ne l’est déjà. Je peine à retrouver un poids santé donc imaginez si je dois perdre du poids suite à une grossesse. Je dois aussi avouer que l’idée que quelque chose grandisse en moi, ne me fait pas envie. Je ne suis toujours pas d’accord avec le fait qu’on me dise que c’est naturel. Ma constitution de femme me prédispose à enfanter mais ce n’est pas pour autant que je trouve cela naturel.

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J’ai un neveu et une nièce que j’aime plus que tout au monde. Je suis tellement heureuse de les avoir, de les entendre rire. Je m’inquiète pour eux, je ne suis pas bien de les savoir malades, je les console s’il faut. Je suis une tatie in love de mes neveux/nièces. Je vous rassure, il n’y a que mes neveux qui ont cet effet sur moi ! Mais cela est éphémère. Je rentre chez moi et je n’ai pas le poids de responsabilités parentales. Mon seul bébé c’est mon entreprise et cela me convient.

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Parfois mon conjoint me dit : « toi, tu veux un enfant ? tu n’as jamais le temps pour te poser, tu es toujours à fond dans tes activités ». Avant, je me vexais car j’interprétais cela comme premièrement « tu n’es pas prête » (et je ne le suis pas) puis comme « tu seras une mauvaise mère » (c’est plus grave pour moi). Ma mère n’assure pas toujours. Je l’aime quand même, même si je ne peux pas toujours compter sur elle. J’ai peur de lui ressembler. Je n’ai pas envie de passer à côté de mon enfant si j’en ai un.

J’ai tout plaqué et je suis partie loin de ma famille. Mais je ne pourrais pas plaquer un enfant donc autant ne pas l’envisager. Arrivée à ce stade, ce réflexion semblait plutôt claire : je n’en veux pas.

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Il y a tant à construire…

Puis, depuis quelques mois, je ne saurai dire pourquoi, je me suis repenchée sur le sujet. A la rentrée scolaire dernière, j’ai eu une opportunité qui m’a permis de faire évoluer mon activité en acceptant d’intervenir auprès d’étudiants. Me dépasser, c’est une des choses que je surkiffe depuis que je me suis lancée dans l’aventure entrepreneuriale. J’avais une crainte similaire à celle de cette réflexion au sujet de la maternité, que vais-je apporter à ces jeunes qui connaissent tout ? Du moins, c’est dont j’étais persuadée. J’ai accepté ce challenge pour me confronter à mes peurs et voir si cela me convenait ou pas. Et finalement, je m’éclate ! Je leur apprends plein de trucs et ils m’en apprennent tout autant.

Cette opportunité m’a rappelé qu’il y a beaucoup de choses à construire et à quel point j’y trouve du sens. En fait, je me suis rendu compte que je n’ai pas peur du monde de demain. Je contribue à changer de petites choses, à mon petit niveau. Oui tout est petit, je parle à mon échelle. Il ne tient qu’à chacun de vouloir contribuer à ce qui a du sens pour lui afin d’améliorer l’environnement dans lequel on vit. Si je décide de devenir maman ou de ne pas l’être. Je vais éduquer un enfant dans un monde, un environnement, un écosystème dans lequel je m’investis déjà pour les générations à venir.

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Lorsque je me suis rendue chez mon rdv rhumatologue, après notre premier échange au sujet du nouveau traitement, je lui ai simplement répondu qu’à ce jour, je ne savais pas si je voulais devenir maman. Il a opté pour un traitement qui me permettrait de poursuivre une thérapie médicale pour ma spondylarthrite adaptée à ces changements possibles dans ma vie.

Devenir moi, le reste on verra

Les mois passant depuis, (une année déjà) le début de cette réflexion. Je n’ai pas pris de décision. Je continue à faire le ménage dans ma tête et dans mon cœur. Je pense toujours que ce n’est pas mon « rôle » de donner la vie. C’est une réponse à un choix de vie. Cette idée de devenir maman ou pas va et vient pour l’instant. Je serai fixée le jour où l’envie ne partira plus ou partira pour de bon. Je la laisse se dessiner. Je n’ai pas envie d’avoir des regrets causés par une situation contraignante, telle qu’une grossesse non souhaitée, la ménopause ou autres complications. Pour l’instant, tant que ma décision ne sera pas 100% claire, je m’abstiendrai de me projeter. Je n’ai pas de vide à combler et je crois avoir trouvé celui qui pourrait partager avec moi cette nouvelle aventure, si je me lance là-dedans. Je ne suis plus pressée de savoir la réponse et je crois que lui non plus.

Entretemps, je deviens tous les jours une meilleure version de moi, en accomplissant des petites choses qui donnent sens à ma vie. Je sais désormais que j’ai de l’amour à donner et que j’aime profondément la vie aujourd’hui. Il n’y a plus ce poids de déterminisme biologique qui me pèse sur les épaules. J’estime avoir l’obligation morale de m’interroger sur cette question, parce qu’au final cette décision qui sera mûrement réfléchie répondra à cette évidence : ma vie, mes choix.

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