Traits d'humeurs

Le jour où je suis devenue féministe

“Parmi les êtres humains, on ne reconnaît pleinement l’existence que de ceux qu’on aime.” Simone Veil

Je prends aujourd’hui ma plume pour parler de féminisme. Comment suis-je devenue féministe et pourquoi je ne le resterai tant qu’il le faudra.

Saison 1 « Je déteste être une fille »

Je suis l’aînée de deux sœurs, ma mère est la seule fille parmi ses 4 parmi frères. Je crois, que tout à commencer, quand j’ai fait un simple constat étant enfant : Mon père ne se levait jamais pour débarrasser la table, il ne faisait jamais la vaisselle, il ne repassait jamais… ça n’a pas toujours pas changé d’ailleurs ! Le schéma se reproduisait quand on invitait des gens à la maison. Les hommes restent assis à discuter, tandis que les femmes débarrassent et servent. J’avais une double incompréhension. D’abord, je ne comprenais pas pourquoi ils ne se levaient pas eux aussi, puis, je ne comprenais pas pourquoi ce comportement semblait normal pour tout le monde.

Quand j’étais adolescente, je détestais être une fille. Je n’étais d’accord avec toutes les restrictions, toutes les interdictions, toutes les obligations qu’incombaient à mon genre… et puis, ce corps qui change, les vêtements, les chaussures, les soutifs, les coiffures, les menstruations, le regard des hommes sur moi… #beurk !

Saison 2 « Ecrire pour exister »

J’ai commencé à tenir un journal, c’était mon exécutoire. Je prenais soin d’y cultiver mes rêves, l‘ambition pour atteindre mes objectifs, mes envies de changer le monde, en tout cas le mien… C’est aussi à cette période que j’ai pris goût aux consoles de jeux-vidéos et aux livres que ma mère avait accepté de m’acheter. Puis, est arrivé le jour, où j’ai exprimé mes choix scolaires, ma volonté de faire de longues études en lettres, mon intérêt pour plusieurs sujets et en secret, le souhait d’avoir plusieurs métiers en plus d’écrire des romans. En fait, dans ma tête, je vivais entre Fame et Ally Mc Beal ! En réalité, j’étais épuisée de devoir justifier mes choix. J’étais épuisée du peu de valeur qu’avaient mes opinions. Je finissais d‘ailleurs souvent en sanglots à l’abri des regards. Je vivais très mal ce sentiment d’impuissante face à ma propre vie.

Le temps passant, je n’ai reçu AUCUN encouragement de mon entourage, tous mes choix, TOUS sans exception étaient critiqués et pire REFUSES… De ma coiffure sans réelle priorité pour moi, à la couleur de mon tee-shirt, au choix de mes études, en passant par mes goûts musicaux, mon apparence… grrr et le refrain ressemblait à ça :

  • Une fille qui fait des études, c’est bien mais, tu ne réussiras pas. (#Tagueule !)
  • Tu aimes les voitures téléguidées mais c’est pour le garçons (je n’avais aucun intérêt pour les poupées ou le maquillage)
  • Tu vas mettre une robe cette fois, tu es une fille !! (Je me sens très bien en jean & tee- shirt)
  • Tu fermes tes jambes, t’es une fille (et les tiennes, prennent toute la place)
  • Fais un effort avec ta coiffure, t’es une fille (je m’en fous de mes cheveux)
  • Tu ne sortiras pas tard, t’es une fille (ben voyons…)
  • T’es trop grosse, pour une fille c’est moche !! (j’ai fais un régime et ils ne m’ont pas lâcher pour autant !)
  • Il faut que t’apprenne à cuisiner t’es une fille ( Pour la peine, je n’apprendrais jamais)
  • Nananinana ! #jmecasse

Saison 3 « La goutte d’eau »

Un des faits divers de l’époque, m’a fortement choquée. Une femme fût brûlée vive à l’essence par son conjoint car elle voulait le quitter. Ce, en plein centre-ville de Fort de France, dans sa voiture !! Son excuse : il voulait la marquer mais pas la tuer ! OMG !!! je n’en ai pas dormi pendant des mois durant, tellement cela m’était inconcevable, inacceptable, horrible… La jeune femme est décédée des suites de ses blessures.  Je bloquais sur la raison de cet acte criminel si injuste. Une femme était-elle une propriété privée ? N’était-elle pas libre de mettre fin à une relation sans poursuites, sans craindre pour sa vie ? Cette réflexion me glaçait le sang.

Puis, est arrivé ce jour, où je me suis ramassée de bleus car j’avais dit NON à un mec. J’avais refusé ces avances. Le pire pour moi était que je ne pouvais le raconter à personne, car j’avais déjà entendu qu’une fille cherche toujours les emmerdes. Je n’avais aucune personne qui me prendrait au sérieux, parce-que j’étais une fille. J’ai donc dû croiser mon agresseur, tous les jours, pendant des mois et des mois interminables. J’ai du affronter son regard alors que j’étais tétanisée, sans jamais baisser les yeux devant son sourire mesquin. Je devais cacher mes larmes de dégoût en rentrant chez moi chaque jour, pendant des années. Je voulais la même massue que Laura dans Nicky Larson pour me le faire comme un œuf au plat. Puis, j’ai ensuite croisé le chemin d’hommes pour lesquels la femme est soit une propriété privée soit une seconde maman. Il était hors de question pour moi de me projeter avec quelqu’un qui me répondrait pas à mes attentes personnelles. Le dicton selon lequel il vaut mieux être seule que mal accompagnée est une vérité !

Saison 4 « Who run the world, GIRLS ! »

L’université a signé mes plus belles années pour faire la paix avec ma condition de femme et mettre un mot sur mon état d’esprit : j’étais féministe.  J’avais été blessée, écorchée mais ma volonté était intacte, je n’étais pas brisée. J’étais une femme et non le sexe faible ! Je ne me remercie pas la langue française pour cette expression totalement sexiste au passage ! J’avais enfin une BU à dispo, pour m’informer sur le sujet. Je me souviens qu’entre deux parties de Pac-Man que j’enchaînais jusqu’au petit matin, je me suis intéressée à l‘évolution de la femme dans la société.

J’ai eu un prof de littérature française, ce monsieur a été une révélation pour moi ! Outre sa prose et son éloquence parfaites, ses cours étaient inspirants. Nous étudions les personnages féminins de tous les ouvrages au programme. Grâce à ces cours passionnants, j’ai compris que je n’avais pas besoin d’être un homme pour réussir. Il n’y a pas de genre pour la réussite, mais de la niaque. Il n’y a pas de genre pour la liberté mais des actions. Depuis ce jour, je ne me suis pas donnée d’autre choix que de croire en moi pour me dépasser. Pour ma survie, pour vivre mes envies, pour continuer à rêver, pour que mes sœurs ne doutent plus jamais d’elles, pour que ma nièce sache qu’elle est tant aussi remarquable son frère, pour que les femmes autour de moi aient le droit de dire NON sans se faire violenter, pour que mon ami Lio puisse faire de la danse classique sans se faire moquer, pour que la charge mentale ne soit pas normalisée, pour les femmes soient respectées comme des êtres humains à part entière, je suis devenue féministe !

Saison 5 « Féministe, tant qu’il le faudra »

Un jour, j’ai décidé de m’inscrire en cours de salsa, armée de mes baskets et de mon jean, j’ai vu les choses sous un autre angle. J’ai accepté mon corps, j’ai travaillé un petit mental de championne, c’était un bon début pour moi, j’avais fait la paix avec quelques uns de mes démons. Aujourd’hui, dans mes relations socio-professionnelles, dans mon couple, dans mes relations familiales et amicales… j’essaie, souvent avec humour, d’enrayer au quotidien toutes les choses qui empêchent d’atteindre cette égalité des droits. Le partage des tâches, les courses… et un jour l’éducation peut-être l’éducation d’un enfant. Au travail, avec mes clients… C’est souvent difficile de se faire entendre parfois, mais, je suis certaine, qu’on se souvient de mes mots.

  • Tant que je serai sifflée dans la rue alors que mon pote Manu peut passer tranquillement sans qu’on insiste, je serai féministe.
  • Tant que je flipperais de rentrer tard chez moi seule, sans craindre pour mon intégrité. Je serai féministe
  • Tant que mon amie Cindy gagnera moins que son collègue homme qui est au même poste, je serai féministe
  • Tant qu’on ne respectera pas que j’ai le droit de choisir de ne pas avoir d’enfant sans me justifier, je serai féministe
  • Tant que je verrai que les stats des PDG du CAC40, je serai féministe
  • Tant qu’une femme ne sera pas présidente de la République, je serai féministe
  • Tant que les guides Michelin n’éliront que des hommes chefs, je serai féministe
  • Tant que les congés paternité ne seront que de quelques jours, je serai féministe
  • Tant que moi, femme noire, me heurterais à des propos et comportements discriminants envers mon genre et mon ethnie, mon accent, je serai féministe
  • Tant qu’il existera un 8 mai, je serai féministe
  • ….. et pour de nombreuses raisons encore… je serai féministe tant qu’il le faudra

Saison 6 « le match est loin d’être sifflé »

L’empreinte est tenace. Nous sommes marqués par cette représentation de la femme, moi y compris. Parfois, nous sommes nos propres bourreaux. Combien de fois me suis-je faite les réflexions comme celles-ci :

  • Quand je me regarde dans le miroir de l’ascenseur et que je murmure “Gaëlle tes sourcils ne sont pas épilés depuis 1985” !
  • Toutes les fois où je fuis mon corps bien gélatineux devant la glace en criant Va de retro bourrelets !

On apprend aux femmes insidieusement à se saboter. A nous prévoir comme des ennemies entre nous et à nous conforter dans un idéal féminin conforme à une définition sociale de la beauté ! La bonne nouvelle, c’est que je suis hors-jeu depuis la naissance, j’ai les cheveux bouclés, je suis noire, métisse, créole, caribéenne et je m’habille en 42.

Pour moi, le féminisme est un devoir citoyen. Par la force des choses, je le suis devenue, mais j’aurais préféré ne pas le devenir. Tant qu’il le faudra, je le serai. Le rapport de L’ONU est cette année encore, loin des égalités. Je sais que j’aurais le temps de crever avant que l’égalité des droits entre genres soit effectif, mais une petite contribution n’est jamais pas de trop. Ainsi, à mon niveau, je fais comme je peux.

Pour ce qui est du reste, je m’en fous qu’on me tienne la porte, qu’on m’aide à ouvrir un bocal de confiture… je n’ai pas de haine et je ne suis pas contre les hommes. Nous sommes constitués différemment et avons tous des facilités à faire telle ou telle chose. Jusqu’ici, je n’ai pas tenu compte des avis qui m’ont été donnés sans que je les ai demandés donc je reste en accord avec moi sur mes choix. Chacun.e, à son niveau se met en accord avec ses choix et ses actions. Tolérer, accepter, aimer, s’épiler, porter des talons, maigrir… on a le droit d’avoir des considérations. Je crois que l’important est d’être conscient des normes sociales. On survit très bien aux contraintes, car vivre c’est parfois choisir au delà de ses propres considérations. Que le ministère des apéros, jette son verre, si personne n’a essayé de rentrer dans le moule. Je suis féministe et je choisis mes combats, car toutes les vérités ne sont pas une généralité. D’après ce test, j’adhère au courant du féminisme pop.

Et vous, êtes-vous féministe ? Comment êtes-vous devenu.es féministes ?

You Might Also Like

8 Comments

  • Reply
    Soa
    2018-08-20 at 14:16

    Je crois que nous avons chacune notre conception du féminisme. Pour ma part, c’est dans mon quotidien comme le refus du partage “genré” des tâches ménagères avec mon mari, le refus et la dénonciation des gestes et remarques sexistes, le refus de conditions différentes entre hommes et femmes que lesdites conditions profitent seulement aux premiers ou aux secondes, l’éducation donnée à mes enfants(un garçon et une fille) qui consiste à les mettre sur le même pied d’égalité sur les tâches à faire à la maison (jardinage, mettre la table, ménage, etc), etc. Je n’aime pas les actions menant à mettre les hommes face aux femmes car nous sommes physiologiquement et mentalement très différents et il est inutile de vouloir prétendre et chercher le contraire, mais plutôt dans les petites choses du quotidien qui amèneront à un changement d’attitude qui commence chez nous.

    • Reply
      Gaëlle
      2018-08-21 at 23:52

      Soa,
      Je partage ton avis, chacune a sa conception du féminisme et le changement d’attitude commence par soi.
      Merci pour ton commentaire très intéressant. Si un jour je deviens maman cela continuera dans l’éducation.
      Belle journée
      Gaëlle,

  • Reply
    Bébé est Arrivé !
    2018-08-20 at 15:26

    Waouh j’adore ton billet plein de sincérité et de conviction. Je pense être comme toi, une féministe de naissance même si je ne le revendique pas au quotidien. Je le vis tout simplement.

    Bonne journée à toi,
    Cécilia

    • Reply
      Gaëlle
      2018-08-21 at 23:47

      Cécilia !
      Merci pour ton commentaire
      Oui, c’est un mon sentiment également, de le vivre au quotidien afin d’enrayer ce que qui me dérange.
      Belle journée à toi aussi 😉

  • Reply
    Maheva
    2018-08-20 at 21:37

    Coucou,
    Merci pour ton article. J’aimerai tellement en lire plus souvent des comme ça…
    Je pense que tout comme toi j’ai pu le devenir en voyant autour de moi les agissements des hommes (famille, amis…). Et même constat : l’incompréhension. Encore aujourd’hui c’est l’une des choses qui peut le plus me blesser. Malheureusement les hommes n’ont pas pleinement conscience de la charge mentale qui elle est bien présente chez les femmes.
    Bisous
    Mahéva

    • Reply
      Gaëlle
      2018-08-21 at 23:43

      Coucou Mahéva,
      Merci. Je suis bien d’accord, c’est aussi l’une des choses qui me blesse le plus.Il nous reste encore beaucoup d’efforts à produire.
      Garde ton girlpower 😉
      Bisous,
      Gaëlle,

  • Reply
    Mademoisellevi
    2018-08-26 at 18:43

    Merci pour ton article
    Ca fait plaisir de voir ta combattivité pour ce thème si important
    Je suis devenue féministe il y a longtemps, quand j’entendais ma grand mère me dire que certains étaient des métiers de garçons, d’autres des métiers de filles, et que le fait que je jouais aux voitures electriques avec mon père était étrange !
    Et ça ne m’a pas quitté de plus
    Ca s’intensifie forcément avec le temps, mais, tout comme toi, je resterais féministe le temps qu’il le faudra, évidemment!

  • Reply
    Justine
    2018-09-12 at 11:14

    Coucou ! Je découvre ton article grâce à celui de Nyméria. Bravo, il est très bien écrit, très complet et touchant ! Je crois que je suis féministe aussi, je n’ai pas vécu tout ce que tu as pu vivre, j’ai eu la chance d’avoir des hommes formidables dans ma famille, mais je rêve que les hommes et les femmes soient considérés de la même manière ! Et j’ai un chéri qui pense exactement la même chose, ça fait du bien aussi 😺

  • Leave a Reply

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.